Explications

Qu'est-ce qu'une adresse IP ? (et peut-on vous retrouver avec ?)

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Par Surf Sûr

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Image générée par IA1

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase, lancée fièrement dans un jeu en ligne ou en commentaire d’une vidéo : “Fais attention, j’ai ton IP, je sais où tu habites !”

Ça fait peur, dit comme ça. On imagine quelqu’un débarquer devant chez nous avec votre numéro de rue et l’étage. La vérité est heureusement beaucoup moins effrayante, et je vais vous expliquer pourquoi. Mais d’abord, prenons le temps de comprendre ce qu’est vraiment cette fameuse adresse IP.

Une adresse, comme pour le courrier

Imaginez que vous écrivez une lettre à un ami. Vous mettez son adresse sur l’enveloppe, sinon le facteur ne saura jamais où la déposer. Et si vous voulez une réponse, vous notez votre propre adresse au dos : sans elle, votre ami n’a aucun moyen de vous écrire en retour.

Une enveloppe portant une étiquette d'adresse en chiffres voyage entre une maison et un globe Internet

L’adresse IP, c’est l’adresse de retour inscrite sur l’enveloppe de vos données. Image générée par IA

Internet fonctionne exactement pareil. Quand vous demandez à afficher une page web, votre appareil envoie une petite “lettre” au serveur du site. Pour que celui-ci puisse vous renvoyer la page, il a besoin de savoir où vous renvoyer la réponse. Cette adresse de retour, c’est votre adresse IP (IP pour Internet Protocol, le langage que parlent les machines entre elles).

Une adresse IP, concrètement, ça ressemble à une suite de chiffres comme 90.84.146.12. Pas très poétique, mais c’est ce qui permet à toutes les machines du monde de s’envoyer des données sans se tromper de destinataire. Si vous voulez creuser le voyage complet d’une donnée sur le réseau, j’en parle dans comment fonctionne Internet.

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Vous taperez rarement une adresse IP vous-même. Quand vous écrivez wikipedia.org dans votre navigateur, un service appelé le DNS traduit ce nom facile à retenir en adresse IP. C’est un peu l’annuaire d’Internet, et je lui ai consacré un article : le DNS, l’annuaire d’Internet.

IPv4, IPv6 : pourquoi deux versions ?

Petit détour technique, mais rassurez-vous, je fais court.

Les adresses du type 90.84.146.12 s’appellent des adresses IPv4. Le souci, c’est qu’il n’en existe qu’un nombre limité : environ 4 milliards. Ça paraît énorme… jusqu’à ce qu’on réalise que la planète compte des milliards d’humains, chacun avec un téléphone, un ordinateur, une montre connectée, une télé, parfois même un frigo qui parle à Internet. Bref, on a fini par manquer d’adresses.

La solution s’appelle IPv6 : un nouveau format avec une quantité d’adresses si gigantesque qu’on pourrait en attribuer à chaque grain de sable de la Terre (et il en resterait). Une adresse IPv6 ressemble à 2a01:cb00:8e3:5f00::1 : plus longue, moins lisible, mais avec de la place pour très, très longtemps.

Vous n’avez rien à faire de spécial : votre matériel jongle entre les deux tout seul. Sachez simplement que les deux coexistent aujourd’hui.

IP publique, IP privée : vous en avez plusieurs

Voilà un point qui surprend souvent : vous n’avez pas une adresse IP, mais plusieurs. Il faut distinguer l’IP publique et les IP privées.

L’IP publique : votre adresse vue depuis la rue

L’IP publique, c’est l’adresse que le reste d’Internet voit quand vous naviguez. C’est votre fournisseur d’accès à Internet (Orange, Free, SFR, Bouygues… ce qu’on appelle le FAI) qui vous l’attribue, à vous et à votre box.

Reprenons l’image postale : l’IP publique, c’est l’adresse de votre immeuble. C’est ce que voit le facteur depuis la rue. Tout le courrier destiné aux habitants arrive d’abord là.

À noter : cette adresse est souvent dynamique : elle peut changer régulièrement (parfois à chaque redémarrage de la box, parfois toutes les quelques heures ou jours). L’IP que vous avez aujourd’hui ne sera peut-être plus la vôtre demain.

L’IP privée : votre adresse à l’intérieur du logement

À l’intérieur de chez vous, votre box distribue à chaque appareil une IP privée : votre ordinateur, votre téléphone, la télé connectée, l’imprimante… Chacun reçoit la sienne, du genre 192.168.1.15.

Toujours avec l’image de l’immeuble : si l’IP publique est l’adresse de l’immeuble, les IP privées sont les numéros d’appartement. Elles servent uniquement à la box pour savoir quel appareil chez vous a demandé quoi, et à qui renvoyer la réponse. Personne, à l’extérieur, ne voit ces adresses-là.

C’est d’ailleurs pour ça que les mêmes adresses privées (192.168.x.x) se retrouvent dans des millions de foyers en même temps, sans aucun conflit : elles ne servent qu’en interne, comme un “appartement 15” qui existe dans des milliers d’immeubles différents.

Voici comment tout ça s’articule : vos appareils, leurs IP privées, et l’unique IP publique vue depuis Internet.

flowchart LR
    subgraph Maison["Votre réseau local"]
      PC["Ordinateur 192.168.1.10"]
      TV["TV 192.168.1.11"]
      Tel["Téléphone 192.168.1.12"]
    end
    PC --> Box["Box"]
    TV --> Box
    Tel --> Box
    Box -->|"IP publique 93.184.216.34"| Net(("Internet"))
info Information

Ces adresses en 192.168.x.x ne sont pas choisies au hasard : elles font partie des plages d’adresses privées, réservées par une norme internationale (la RFC 19182) à un usage interne, à l’abri d’Internet. Il en existe trois — 10.x.x.x, 172.16.x.x à 172.31.x.x, et 192.168.x.x — cette dernière étant de loin la plus répandue dans les box domestiques. Il y a donc de fortes chances que votre IP privée commence par 192.168. Un conseil au passage : ne reconfigurez pas votre box avec des adresses en dehors de ces plages. Vous utiliseriez en interne des adresses réservées à l’Internet public, et vous risqueriez de ne plus pouvoir joindre les vrais sites qui les emploient.

LA question : peut-on me retrouver avec mon IP ?

On y arrive, c’est ce qui vous intéresse vraiment. Et la réponse est… nuancée. Distinguons ce que n’importe qui peut savoir, et ce que seul le FAI peut savoir.

Ce que votre IP révèle à n’importe qui

Avec votre seule IP publique, une personne lambda (ou un site web) peut obtenir deux choses :

  • Une localisation approximative : votre ville ou votre région, parfois seulement votre pays. C’est ce qu’on appelle la géolocalisation par IP, et c’est ce qui permet à un site de vous proposer la version française ou l’affichage en euros. Mais attention : approximative, ça veut vraiment dire approximative. On parle d’un quartier dans le meilleur des cas, et bien souvent d’une grande ville voisine où se trouve un équipement de votre FAI. Pas votre rue, pas votre numéro, pas votre nom.
  • Le nom de votre fournisseur d’accès : on peut voir que l’IP appartient à Orange, à Free, etc. Intéressant, mais pas franchement compromettant.

Et c’est tout. Vraiment. Le fameux “je sais où tu habites” est un bluff. Au mieux, votre interlocuteur sait que vous êtes quelque part près d’une grande ville, comme des dizaines de milliers d’autres personnes.

Ce que seul le FAI peut faire

La seule entité capable de relier une IP à un abonné précis (votre nom, votre adresse postale réelle), c’est votre fournisseur d’accès à Internet (ou FAI). C’est lui qui sait, à un instant donné, à quel client il avait attribué telle IP publique.

Mais il ne va pas lâcher cette information au premier venu qui la réclame. Cette association IP ↔ abonné n’est communiquée que sur réquisition judiciaire : un juge ou les forces de l’ordre, dans le cadre d’une enquête. Pas votre adversaire vexé d’avoir perdu une partie en ligne.

Voilà pourquoi le mythe tombe à l’eau : entre “avoir une IP” et “retrouver physiquement quelqu’un”, il y a un mur juridique, et il faut une vraie procédure légale pour le franchir.

info Information

C’est d’ailleurs par ce moyen que le système Hadopi (le truc français contre le piratage, qui n’existe plus tellement c’était inefficace) fonctionnait : lorsque les systèmes d’Hadopi détectaient que votre IP publique téléchargeait du contenu sous droit d’auteur, Hadopi interrogeait tous les FAI pour demander à qui appartenait cette adresse IP, tel jour à telle heure. Les FAI étaient obligés de renvoyer les informations de l’abonné.

Comment masquer ou changer son IP ?

Maintenant, vous vous dites peut-être : “d’accord, mais je préférerais quand même que mon IP ne se balade pas partout.” C’est une démarche tout à fait légitime, surtout côté vie privée. Voyons les options.

D’abord, gardez en tête une chose : votre IP publique est forcément visible des sites que vous visitez. C’est techniquement obligatoire, souvenez-vous de l’adresse de retour sur l’enveloppe : sans elle, le site ne peut pas vous répondre. Il n’y a pas de navigation “sans adresse”.

La vraie solution pour masquer votre IP, c’est de passer par un intermédiaire : le VPN (Virtual Private Network). Avec un VPN, votre trafic transite par un serveur tiers, et c’est l’IP de ce serveur que les sites voient, pas la vôtre. Pour reprendre l’image postale, c’est comme si vous envoyiez tout votre courrier via une boîte postale anonyme : le destinataire voit l’adresse de la boîte, jamais la vôtre. J’ai détaillé tout ça dans l’article dédié au VPN.

Le VPN est aussi très utile dans un autre cas de figure : quand vous vous connectez à un réseau que vous ne maîtrisez pas, comme le Wi-Fi public d’un café ou d’un aéroport. Là, ce n’est plus seulement une question d’IP, mais de protection de vos données face aux curieux du même réseau.

En résumé

L’adresse IP, ce n’est ni magique ni terrifiant : c’est simplement l’adresse de retour qui permet aux données de circuler sur Internet. Récapitulons :

  • Votre IP publique est l’adresse de votre connexion vue d’Internet, attribuée par votre FAI, souvent partagée et changeante.
  • Vos IP privées sont distribuées par votre box à chaque appareil chez vous ; personne ne les voit de l’extérieur.
  • IPv4 manquait d’adresses, d’où l’arrivée d’IPv6 et son réservoir quasi infini.
  • Avec votre IP, on peut deviner votre ville et votre FAI : rien de plus. Le “je sais où tu habites” est du vent.
  • Seul votre FAI, et uniquement sur réquisition judiciaire, peut relier une IP à votre identité réelle.
  • Pour masquer votre IP aux sites, le VPN est l’outil adapté.

Alors la prochaine fois qu’on vous menacera avec votre IP, vous pourrez sourire : la seule chose que votre interlocuteur sait vraiment, c’est qu’il a perdu son sang-froid. 😉

Notes & References

Rédaction assistée par Claude