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Deepfakes et arnaque au président : quand l'IA imite vos proches

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Par Surf Sûr

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Image générée par IA1

Imaginez la scène : votre téléphone sonne en pleine nuit. Au bout du fil, la voix de votre fille, paniquée, en larmes. “Maman, j’ai eu un accident de voiture, j’ai besoin d’argent tout de suite, ne raccroche pas !”. Vous reconnaissez sa voix. Sa façon de parler. Son intonation quand elle pleure. Votre cœur s’emballe.

Sauf que… ce n’est pas elle. C’est une machine. Une intelligence artificielle qui a copié sa voix à partir de quelques secondes d’un message vocal ou d’une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

Bienvenue dans le monde des deepfakes. Et croyez-moi, ce n’est pas de la science-fiction : c’est déjà là, et ça concerne tout le monde. Asseyez-vous, on en parle.

Un deepfake, c’est quoi au juste ?

Le mot “deepfake” vient de l’anglais : la contraction de deep learning (l’apprentissage automatique des intelligences artificielles) et de fake (faux). En français, on parle parfois d’hypertrucage, mais soyons honnêtes, tout le monde dit “deepfake”.

Concrètement, un deepfake, c’est un faux contenu généré par une intelligence artificielle qui imite une personne réelle. Ça peut être :

  • Une fausse vidéo où l’on voit quelqu’un dire ou faire des choses qu’il n’a jamais dites ni faites
  • Un faux audio qui reproduit la voix d’une personne (on appelle ça le clonage vocal)
  • Une fausse photo qui place le visage de quelqu’un dans une situation totalement inventée
Visage à moitié réel, à moitié reconstitué par un maillage numérique

Le deepfake superpose au visage réel une reconstitution synthétique. Image générée par IA

L’IA a “regardé” des centaines d’images ou écouté des extraits sonores d’une personne, puis elle a appris à reproduire son visage, sa voix, ses mimiques. Si le sujet vous intéresse, je vous en parlerais plus tard dans un autre article.

Pourquoi c’est devenu si crédible (et si facile) ?

Il y a encore quelques années, fabriquer un faux convaincant demandait un studio, des spécialistes des effets spéciaux et beaucoup, beaucoup de temps. Aujourd’hui ? Une application sur un téléphone et quelques minutes suffisent.

Pire encore pour le clonage de voix : quelques secondes d’enregistrement peuvent suffire. Vous avez déjà laissé un message vocal ? Publié une vidéo sur Instagram ou TikTok ? Répondu à un démarchage téléphonique un peu trop long ? Eh bien votre voix se balade peut-être déjà dans la nature, prête à être recopiée.

Et c’est bien ça le problème : la matière première (votre voix, votre visage) est partout. On la sème nous-mêmes, sans y penser, à chaque story et chaque vidéo de vacances.

Les arnaques qui en découlent

Les escrocs ont vite compris le potentiel de ces outils. Voici les grands classiques.

L’arnaque au président (côté entreprises)

C’est l’arnaque historique, qui existait déjà avant les deepfakes, mais que l’IA a rendue redoutable. Le principe : un escroc se fait passer pour le dirigeant d’une entreprise (le “président”, d’où le nom) et ordonne à un employé du service comptable d’effectuer un virement urgent et confidentiel.

Avant, ça passait par un simple e-mail ou un coup de fil approximatif. Aujourd’hui, l’employé peut recevoir un appel avec la vraie voix de son patron (clonée), voire participer à une fausse visioconférence où il croit voir son directeur financier en chair et en os. Sauf que tous les participants à l’écran sont des deepfakes. Difficile de douter quand on a l’impression de parler à son patron en direct, n’est-ce pas ?

Le faux proche en détresse (côté particuliers)

C’est le scénario du début de cet article, et c’est probablement le plus glaçant. Un escroc clone la voix de votre enfant, de votre petit-fils, d’un ami, et vous appelle en jouant la détresse absolue :

  • “J’ai eu un accident, il faut payer la caution / l’hôpital tout de suite”
  • “Je me suis fait voler mon téléphone et mon portefeuille à l’étranger, envoie-moi de l’argent”
  • “J’ai un problème, mais surtout n’en parle à personne, j’ai trop honte”

L’objectif est toujours le même : vous pousser à envoyer de l’argent en urgence, sans réfléchir, sans vérifier. Cette mécanique a d’ailleurs beaucoup de points communs avec ce qu’on retrouve dans l’arnaque sentimentale : on joue sur vos émotions pour court-circuiter votre bon sens.

Les fausses pubs ou les arnaques avec des célébrités

Vous avez peut-être déjà croisé, en bas d’un article ou dans une publicité, une vidéo d’une personnalité connue (un présentateur télé, un médecin réputé, un milliardaire de la tech) qui vante un placement financier miraculeux ou un médicament révolutionnaire. La personne semble vraiment parler, ses lèvres bougent en rythme…

C’est un deepfake. La célébrité n’a jamais tourné cette vidéo. Son image a été détournée pour donner de la crédibilité à une arnaque à l’investissement ou à un produit douteux. C’est une variante de ce que je décris dans mon article sur l’intelligence artificielle au service des arnaques.

En terme d’arnaque, vous n’avez sûrement pas pu rater l’actualité avec cette affaire début 2025 : une française a été manipulée pendant près de 2 ans par un faux Brad Pitt, jusqu’à donner à l’arnaqueur 830 000 € 2. Ça peut vous paraître trop gros, vous pourriez la juger trop crédule mais ça prouve surtout une chose : les arnaqueurs sont inventifs, prennent leur temps et savent rendre les choses crédibles.

Pourquoi ça marche aussi bien ?

Vous vous dites peut-être : “Moi, jamais je ne tomberais dans le panneau.” Et pourtant. Ces arnaques ne s’attaquent pas à votre intelligence, elles s’attaquent à vos réflexes humains. Et ça, c’est beaucoup plus difficile à désamorcer.

Trois ingrédients sont systématiquement réunis :

  • L’urgence : on ne vous laisse pas le temps de réfléchir. “Tout de suite”, “ne raccroche pas”, “avant ce soir”. Le cerveau en mode panique réfléchit mal.
  • L’émotion : la peur pour un proche, l’autorité du patron, l’excitation d’un bon plan. Quand l’émotion monte, la vigilance descend.
  • La confiance dans le familier : on a une confiance quasi automatique en une voix ou un visage qu’on connaît. C’est un réflexe profondément ancré, et c’est exactement ce que les escrocs exploitent.

C’est un peu comme un pickpocket qui vous bouscule : pendant que vous êtes déstabilisé, il fait les poches. Ici, l’urgence et l’émotion vous bousculent, et pendant ce temps, on vide votre compte en banque.

warning Attention

Tomber dans ce genre de piège n’a rien à voir avec la naïveté ou l’âge. Des cadres d’entreprise expérimentés, habitués à manier des millions, se sont déjà fait avoir par une fausse visioconférence. Si ça leur arrive, ça peut arriver à n’importe qui. La honte ne devrait jamais empêcher d’en parler ou de porter plainte.

Comment se défendre ?

Bonne nouvelle : on n’est pas démuni. La technologie progresse, mais les bons réflexes restent les mêmes, et ils sont à la portée de tout le monde.

1. Le mot de passe familial

C’est mon conseil préféré, parce qu’il est simple, gratuit et redoutablement efficace. Convenez en famille d’un mot secret ou d’une question dont seuls vous connaissez la réponse.

Le principe : si un proche vous appelle en urgence pour de l’argent, vous demandez le mot de passe. “Quel est notre mot ?”. Une IA qui imite la voix de votre fille ne connaîtra jamais ce mot que vous avez choisi ensemble lors d’un repas de famille. Choisissez quelque chose d’absurde et de mémorable (le nom du premier chien, un mot rigolo inventé…), et surtout, ne le mettez jamais par écrit sur les réseaux.

2. Vérifiez toujours par un autre canal

C’est la règle d’or. On reçoit un appel ou un message suspect ? On raccroche et on rappelle la personne sur son vrai numéro, celui qu’on a dans notre répertoire.

  • Votre “fils” appelle d’un numéro inconnu ? Raccrochez et appelez son vrai numéro.
  • Votre “patron” demande un virement par message ? Décrochez votre téléphone et appelez-le directement, ou allez le voir.

Neuf fois sur dix, vous tomberez sur la vraie personne, bien tranquille, qui ne comprendra rien à votre histoire d’accident. C’est le même bon sens que pour les arnaques téléphoniques classiques : ne jamais agir dans l’urgence imposée par l’interlocuteur.

3. Méfiez-vous de toute urgence financière

Retenez ce principe simple : dès qu’on vous presse d’envoyer de l’argent en urgence et dans le secret, c’est un signal d’alarme. Les vraies urgences laissent presque toujours le temps de vérifier. Le “surtout n’en parle à personne” est un drapeau rouge énorme : les escrocs veulent vous isoler pour que personne ne vous raisonne.

4. Doutez des vidéos trop belles pour être vraies

Une célébrité qui vous promet de doubler votre épargne ? Un cadeau incroyable contre un petit virement ? Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que ça l’est. Et techniquement, même si les deepfakes sont de plus en plus bluffants, certains détails clochent encore parfois : un clignement d’yeux bizarre, une bouche mal synchronisée, une lumière étrange sur le visage, une voix un peu trop lisse. Mais ne comptez pas uniquement là-dessus : la qualité progresse à toute vitesse, et le vrai rempart reste la vérification par un autre canal.

En résumé

Les deepfakes ne sont plus un gadget de cinéma : ce sont des outils accessibles à n’importe quel escroc, capables d’imiter la voix de vos proches ou le visage de votre patron. Ils ne piratent pas votre ordinateur, ils piratent votre confiance et vos émotions.

Pour ne pas vous faire avoir, gardez en tête ces réflexes :

  • Convenez d’un mot de passe familial pour démasquer un faux proche
  • Vérifiez toujours par un autre canal en rappelant sur le vrai numéro
  • Méfiez-vous de toute urgence financière et du secret imposé
  • Doutez des vidéos trop belles pour être vraies

La règle ultime, finalement, tient en une phrase : quand l’émotion monte et qu’on vous presse, respirez, raccrochez, et vérifiez. Une voix familière au téléphone, ce n’est plus une preuve d’identité. C’est triste à dire, mais c’est ainsi.

Alors, ce fameux mot de passe familial… vous le choisissez quand, au prochain repas de famille ? 😉

Notes & References

Rédaction assistée par Claude