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Désinformation et Manipulation politique

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Image générée par IA1

Avec la possibilité de raconter tout et n’importe quoi sur Internet, via un blog (c’est pas si difficile à faire avec un peu d’aide) et surtout avec les réseaux sociaux, on peut découvrir des canulars (Hoax en anglais) qui trouvent leur public.

Il y a ceux qui prêtent à sourire, spéciale dédicace aux platistes qui, malgré les preuves et la science, continuent de penser que la Terre est plate (bon, quand je lis que de plus en plus de personnes y croient, National Geographic parle d’un Français sur dix, ça m’attriste un peu).

Mais il y a aussi un bon nombre de hoax inquiétants, visant à déstabiliser la politique d’un pays en manipulant sa population afin d’orienter des élections. Et les auteurs de ces campagnes de déstabilisation visent à favoriser un parti politique ou à diviser l’opinion pour atteindre un certain immobilisme dans les décisions du gouvernement.

Et ces auteurs… ne sont pas forcément du pays cible, mais bel et bien des puissances étrangères 2, avec en tête de liste :

  • La Russie, visant régulièrement la France et l’Union Européenne, en raison de la guerre en Ukraine ;
  • La Chine, principalement pour les sujets concernant Taïwan, que nous ne développerons pas ici. Et comme nous le verrons, ce ne sont pas les seuls et les ingérences peuvent venir aussi d’alliés historiques.

Ce que nous entendrons ici par désinformation, c’est la diffusion intentionnelle de fausses informations, dans le but de tromper ou d’influencer l’opinion publique. La manipulation politique utilise ces techniques de désinformation pour obtenir un avantage politique.

Les sources de désinformation

Les réseaux sociaux

Facebook, Twitter/X, TikTok, Instagram, etc, c’est tellement simple de publier ce qui nous passe par la tête : on peut dire ce qu’on veut, quand on veut, et les likes et les partages vont rendre ces affirmations visibles et accessibles à de plus en plus de monde, par effet boule de neige.

Et l’effet pervers de ces plateformes tient à leur algorithme de profilage : vous avez réagi à un post quelconque, vous avez partagé… alors il vous en proposera plus, encore plus, toujours plus du même acabit.

Mais nous y reviendrons dans un instant, lorsque je vous parlerai de la technique.

Les sites web et blogs

Créer un site ou un blog, c’est d’une simplicité enfantine si on connaît un peu. Si, vraiment, pas besoin d’études en informatique pour en créer un.

Donc, à partir de là, n’importe qui peut diffuser de fausses informations et des rumeurs.

Dans le genre parodique, il y a le bien connu Le Gorafi, c’est bien entendu sur le ton de l’humour.

Beaucoup moins drôle, il y a les sites qui ont vraiment vocation à diffuser des fausses informations (tous les sites pravda, édités en plusieurs langues et avec des dérivés) mais aussi, et plus grave, des sites imitant exactement des sites de grands médias et des sites institutionnels en utilisant un nom très proche.

Je ne ferai pas la liste de ces sites pour plusieurs raisons :

  • Ne pas vous motiver à aller les consulter ;
  • Ne pas leur donner de crédit sur les moteurs de recherche.

Je vous donne plus loin les outils pour vérifier ou contrôler tel ou tel site.

Les médias traditionnels (les vrais cette fois)

Le beau métier du journalisme rattrapé par une logique capitaliste : être le premier à diffuser une information, pour avoir du trafic et ainsi engendrer des gains avec les trackers publicitaires…

Malheureusement, ça peut avoir un impact sur la validité de ces articles. Je ne critique pas tous les journalistes, seulement ceux qui prennent des raccourcis pour être le premier ! Mais quelque fois, c’est surtout le premier à remonter une fausse information. Et moi qui croyais qu’ils mettaient un point d’honneur à vérifier les sources…

Il existe plusieurs exemples où des articles du Gorafi ont été repris pour argent comptant par des agences de presse très sérieuses, ou par des politiciens moins sérieux ! (Plus de détails sur la page Wikipédia du Gorafi).

Les techniques de manipulation

Les Fake News

Le premier est bien entendu ce qu’on appelle des Fake News, de faux articles d’information, mais vu que j’ai pu en dire plus tôt vous l’aurez compris. Vous avez sûrement déjà entendu ce terme de Fake News.

Je crois que le plus gros utilisateur de ce terme est Donald Trump, oui, le très pompeux Président des États-Unis d’Amérique, qui dénonce ces Fake News aussi souvent qu’un article lui déplaît. (Et si j’avais juste un peu plus de visibilité, je pense que j’y aurais eu droit pour avoir osé dire ça). Bon, en même temps, c’est aussi le personnage avec les plus hautes responsabilités qui en fait peut-être le plus usage directement. (Arg… Encore une fake news de surfsur.net)

Les Deepfakes

En français, ça se traduirait par les « faux profonds ». En gros, ça va bien plus loin que de juste relater une fausse actualité ; les deepfakes impliquent la création de fausses preuves, très réalistes, pour appuyer les fake news.

Ça existe depuis longtemps, on parlait de photomontages, puis ça a fini par atteindre les vidéos ou les enregistrements audio. Mais il y a une époque, ces fausses productions nécessitaient des compétences poussées pour les rendre « vraies ».

Maintenant, avec l’IA, c’est à la portée de tout le monde. Et l’évolution de l’IA est impressionnante en si peu de temps !

La vidéo ci-dessous vous montre la différence de qualité de l’IA Générative entre 2023 et 2025 à partir d’une même demande : Will Smith mange des spaghetti. (Ne me demandez pas pourquoi lui ni pourquoi des spaghetti, je ne sais pas)

Ce n’est pas si compliqué, ni si cher aujourd’hui, de générer des vidéos d’à peu près tout ce qu’on veut.

Trolls, Bots et manipulation des algorithmes

Sur Internet, on parle de trolls, des individus qui aiment provoquer dans leurs publications ou leurs commentaires. Ces provocations visent à perturber ou semer la discorde.

Les bots, réduction de « robots », sont des programmes informatiques automatisés, pour des tâches répétitives, imitant les comportements humains et souvent sans intervention de ces derniers, autre que la programmation.

Il était essentiel que je vous parle de ces deux-là car ils seront à l’origine de beaucoup de campagnes de manipulation.

Les trolls vont générer des situations litigieuses, des bagarres virtuelles sur Internet et glisser des liens vers des publications de fake news pour appuyer leur dire et semer le doute.

Les bots sont à ranger dans deux catégories :

  • Les légitimes, propres à la plateforme, mais dès qu’on comprend leur fonctionnement, ils peuvent être détournés ;
  • Les illégitimes, qui auront une infinité de comptes sur les réseaux sociaux et dont le but sera d’inonder ces réseaux de fake news.

Si le fonctionnement des bots illégitimes est clair, il est intéressant de comprendre comment les bots légitimes peuvent à leur insu vous amener vers des fake news, au lieu de vous en protéger.

En prenant l’exemple de la recherche Google, ces petits robots vont passer leur temps à scanner les pages web publiées, les liens vers d’autres sites, etc. C’est comme ça que Google finira par comprendre votre recherche et qu’il proposera les pages qui y correspondent le mieux selon lui. Et les liens vers d’autres pages vont finir par donner du poids à ces pages ciblées, et ces dernières remonteront petit à petit dans les résultats de recherche.

Maintenant que les bases sont posées, imaginez le scénario suivant :

  • Vous créez une page avec une fake news sur un blog ;
  • Vous inondez ensuite Internet d’autres articles de blog, d’autres sites, afin de pointer la page décrite juste avant.

Les algorithmes de Google vont croire que finalement la page a de l’importance et la feront remonter dans les résultats de recherche. Voilà, vous avez une idée de comment Google peut être manipulé à son insu pour propager ces fake news.

Et le fonctionnement sera similaire sur les réseaux sociaux, dont l’effet sera encore un peu plus pervers : les algorithmes de réseaux sociaux vont analyser votre comportement sur tel ou tel post qui passera dans votre fil d’actualité. Comme je l’expliquais juste avant, le fait de partager ou de réagir et l’algorithme de la plateforme verra que vous y avez consacré un intérêt.

Et comme l’objectif des réseaux sociaux est de vous garder actif, d’avoir du trafic (pour vous proposer de la pub notamment), il va continuer à vous proposer le même type de contenu, encore et toujours plus. L’effet sera très insidieux car même sans vous en rendre compte, cela finira par vous influencer.

Je vous invite à regarder le documentaire Derrière nos écrans de fumée sur Netflix pour comprendre ce que j’aborde avec ces histoires d’algorithme ou The Great Hack expliquant comment la manipulation via Facebook a pu influencer l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis ou le Brexit.

Les conséquences

Elles sont multiples, notamment par un changement profond de la société.

Un premier impact portera sur la cohésion sociale : appel à la haine, à la discrimination… Exarcerber le plus petit doute et en faire une vérité.

Et cela découlera sur un impact sur la démocratie, car cela aura une influence sur vos votes futurs. Vous serez subtilement poussé vers un parti dont vous n’auriez pas envisagé sans cela.

Et enfin, il y aura un impact économique : perte de confiance des investisseurs, perturbations des marchés financiers, etc.

Les objectifs stratégiques des ingérences étrangères

L’ingérence numérique n’est pas une simple nuisance ; c’est un levier de puissance utilisé pour modifier l’équilibre géopolitique sans déclencher de conflit armé direct. En s’appuyant sur les rapports de VIGINUM et de l’EEAS 2, on peut identifier deux doctrines d’influence majeures qui visent actuellement la France et l’Europe.

La Russie : La stratégie de la polarisation permanente

Pour le Kremlin, l’objectif n’est pas nécessairement de faire gagner un candidat, mais de rendre le pays ingouvernable. Cette stratégie, documentée par le centre de réflexion IRIS 3, repose sur l’amplification des colères sociales.

  • Fracturer la cohésion : En injectant des contenus massifs sur les sujets les plus clivants (immigration, coût de la vie, aides militaires), Moscou cherche à créer un état de tension civile permanent.
  • Paralyser l’Europe : Une France politiquement instable, aux prises avec des majorités fragiles ou des crises de régime, est une France qui ne peut plus porter une voix forte au sein de l’UE ou de l’OTAN. L’affaiblissement du soutien à l’Ukraine est ici le gain stratégique direct.

Les États-Unis : L’ingérence par les valeurs et la technologie

L’ingérence américaine, bien que provenant d’un allié historique, a pris une forme inédite sous l’administration Trump. Elle ne vise pas la destruction des infrastructures, mais la domination idéologique et normative.

  • Contournement de la souveraineté : Le lancement de l’initiative “Freedom.gov” 4 5 est un acte d’ingérence technologique majeur. En encourageant les citoyens européens à utiliser des outils américains pour contourner les lois de régulation (comme le DSA européen), les États-Unis tentent d’imposer leur modèle de “liberté d’expression absolue” au mépris des législations nationales, en particulier ce qui aura trait au racisme et à l’incitation à la haine.
  • Influence judiciaire et politique : Les alertes émises par la CNCDH concernant des émissaires américains approchant des magistrats français 6 7 marquent une rupture. Il s’agit d’une tentative de peser sur le récit national français en soutenant des courants politiques en adéquation avec l’agenda “America First”, souvent au détriment de la solidarité européenne.

Le point de convergence : La guerre hybride

Qu’elle soit russe ou américaine, l’ingérence converge vers la remise en cause de l’Union Européenne. Pour la Russie, l’UE est un adversaire militaire et économique ; pour la vision actuelle des États-Unis, elle est un régulateur gênant. Dans les deux cas, la désinformation sert à nourrir le sentiment que “les institutions ne fonctionnent plus”, poussant l’opinion vers des solutions radicales ou isolationnistes.

Ce concept de guerre hybride, décrypté par le Général (2S) Jean-Marc Vigilant dans son rapport pour l’IRIS 3, démontre que la déstabilisation de l’opinion est devenue une arme de front. L’objectif final est de « diviser l’adversaire de l’intérieur pour l’affaiblir ».

Quelle solution et quelles mesures ?

Sensibilisation

Il faut parler du phénomène : ça ne l’empêchera pas mais ça réduira les risques de manipulations. C’est d’ailleurs tout l’objectif de cet article.

Parlez-en autour de vous, prévenez vos enfants et expliquez à vos parents qu’il ne faut pas tout croire sur Internet. Bon, et pourquoi me croiriez-vous ? Je m’appuie (via les liens en bas de page) sur des sources fiables et sérieuses. J’aimerais pouvoir dire que tout ceci n’est qu’une œuvre de fiction dystopique sortie de mon imagination perturbée mais il n’en est rien.

La législation

Nous avons déjà une législation qui définit certains contenus comme illicite. Dans le cadre de la désinformation et de la manipulation, il y a :

  • Menace ou appologie du terrorisme ;
  • Injure ou diffamation ;
  • Discrimination ou incitation à la haine.

Il existe au sein du gouvernement un service dédié à la vigilance et la protection contre les ingérences numériques : VIGINUM.

De plus, si vous-même êtes témoins de ce contenu illicite, si vous devez le partagez, faîtes-le uniquement sur la plateforme PHAROS du ministère de l’Intérieur.

Concernant les sites, les blogs, comment savoir si nous pouvons leur faire confiance ? Macron a avancé l’idée d’avoir un label 8 9 sur les sites de presse en ligne permettant de les identifier directement. L’idée n’a pas pris : les raccourcis pris par les détracteurs parlent de censure, de dictature voire de dérive totalitaire.

Je ne saurais pas me prononcer sur un Pour ou Contre de l’idée :

  • D’un côté, ce n’est pas au Gouvernement, à un Ministère de la Vérité 10, de dire ce qui est vrai ou ce qui ne l’est pas ;
  • De l’autre côté, avec cette guerre hybride dont nous avons parlé, c’est bien au Gouvernement de définir les armes et les utiliser pour défendre le pays.

Les outils technologiques

La première arme, de haute technologie, sera votre esprit critique : nous n’avons pas encore fait mieux que la nature en ce qui concerne le cerveau. Un article vous fait réagir, vous n’êtes pas sûr de la source, recherchez sur Internet les mots-clés, voyez les résultats de la recherche. Vous trouverez peut-être des articles sur des sites de presse, ça peut indiquer une valeur sûre. Vous ne trouvez rien, ou alors sur d’obscures sites, ça devient louche…

Il existe beaucoup d’outils technologiques permettant de vérifier des faits, d’analyser et de déterminer s’il s’agit de deepfakes. Vous trouverez des exemples et d’autres informations sur ce site du Gouvernement.

En guise de conclusion

Gardons à l’esprit que la désinformation n’est pas qu’une affaire de « fausses nouvelles » qui circulent par erreur : c’est une stratégie délibérée, une arme numérique conçue pour nous diviser, nous effrayer et, in fine, paralyser nos institutions. Que l’ingérence vienne de puissances étrangères ou de mouvements opportunistes, l’objectif reste le même : nous faire perdre nos repères communs.

Je citerai le Général (2S) Jean-Marc Vigilant, l’auteur de L’Union Européenne face aux menaces hybrides et au défi de la puissance

Parmi les menaces hybrides, les plus importantes sont sans certainement les ingérences informationnelles, par manipulation de l’information, opérations de déstabilisation de l’opinion publique et ingérence électorale.

La technologie évolue bien plus vite que nos lois, et l’IA rend aujourd’hui le faux plus crédible que jamais. Pourtant, aucun algorithme, aussi sophistiqué soit-il, ne pourra jamais remplacer votre bon sens. Notre meilleure défense ne se trouve pas dans un logiciel, mais dans notre capacité à ralentir, à douter sainement et à ne pas laisser nos émotions dicter nos partages.

Protéger notre esprit critique, c’est protéger notre liberté. Le combat pour la vérité commence par un simple réflexe : celui de vérifier avant de croire, et de réfléchir avant de cliquer.

L’ingérence ne prenda pas la forme d’un incendie, elle se contentera de jeter de l’huile sur le feu.