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“C’est dans le cloud.” On entend cette phrase partout : vos photos sont dans le cloud, vos mails sont dans le cloud, votre sauvegarde est dans le cloud. Le mot anglais “cloud” signifie nuage, et non, il n’y a pas un petit nuage immatériel, quelque part dans le ciel, où vos fichiers flotteraient tranquillement à l’abri.
Le terme français de France parle de l’“informatique” en nuage, vu le site de l’ANSSI. Les québècois parle de services infonuagiques. (C’est long, c’est lourd, on comprend l’utilisation de l’anglicisme)
Le cloud, c’est juste l’ordinateur de quelqu’un d’autre
C’est la formule que je préfère pour expliquer le cloud, et elle est d’une honnêteté brutale : le cloud, c’est simplement l’ordinateur de quelqu’un d’autre..
Quand vous “mettez une photo dans le cloud”, vous ne l’envoyez pas dans le ciel. Vous la copiez sur un ordinateur qui ne vous appartient pas, géré par une entreprise (Google, Apple, Microsoft, Amazon, et bien d’autres), branché quelque part dans le monde, et qui reste allumé 24 heures sur 24 pour que vous puissiez récupérer votre fichier quand vous le souhaitez.
C’est tout. Le terme anglais cloud (nuage) est une jolie métaphore marketing, mais derrière le mot poétique, il y a des machines, des câbles et de l’électricité. Beaucoup d’électricité. Énormément d’électricité. (C’est un des chevaux de bataille des écologistes)
En clair, quand vos appareils envoient quelque chose « dans le cloud », tout aboutit en réalité sur des serveurs bien réels :
flowchart LR
Tel["Téléphone"] --> N(("« le cloud »"))
PC["Ordinateur"] --> N
N --> DC["Centre de données (serveurs bien réels)"]
DC --> NMais alors, où est-il, cet ordinateur ?
Ces ordinateurs ne sont pas n’importe lesquels. On les appelle des serveurs : des machines puissantes, conçues pour fonctionner en permanence et répondre à des milliers (voire des millions) de demandes à la fois.
Et ils ne sont pas posés sur un bureau. Ils sont regroupés par dizaines de milliers dans d’immenses bâtiments qu’on appelle des centres de données (ou data centers en anglais). Imaginez des hangars de la taille de plusieurs terrains de football, remplis d’armoires métalliques alignées, clignotantes, bourdonnantes, climatisées en permanence pour éviter la surchauffe, surveillées jour et nuit.
C’est ça, le cloud. Pas un nuage : un entrepôt. Vos photos de vacances, vos mails, vos documents administratifs dorment physiquement dans l’un de ces bâtiments, peut-être en Irlande, aux Pays-Bas, aux États-Unis ou ailleurs. Quelque part, sur un disque dur bien réel, il y a une copie de votre dernière photo de famille.
Ci-dessous, je vous mets une vidéo promotionnelle de Scaleway, fournisseur français de services infonuagiques chez qui ce blog est hébergé. Dans cette vidéo, ils nous font visiter l’intérieur du data center.
Vous en faites déjà beaucoup plus que vous ne le croyez
“Moi je n’utilise pas le cloud.” C’est ce que beaucoup de gens pensent. Et c’est presque toujours faux. 😉
Le cloud s’est glissé dans notre quotidien sans qu’on s’en rende compte. Vous l’utilisez probablement déjà pour :
- Les photos de votre téléphone : si vous avez un iPhone avec iCloud activé, ou un Android avec Google Photos, vos clichés partent automatiquement dans le cloud dès que vous les prenez.
- Vos mails : Gmail, Outlook, Yahoo… vos messages ne sont pas “dans votre ordinateur”, ils sont stockés sur les serveurs du fournisseur. Vous ne faites que les consulter.
- Vos documents : un fichier sur Google Drive, OneDrive ou Dropbox, c’est du cloud.
- Vos sauvegardes : quand votre téléphone vous propose de “sauvegarder dans le cloud”, il copie vos contacts, messages et réglages sur ces fameux serveurs.
- Vos fichiers partagés : le lien que vous envoyez à un collègue pour qu’il télécharge une vidéo trop lourde pour un mail.
Bref, sans même le décider, vous avez probablement confié une bonne partie de votre vie numérique à des ordinateurs situés à l’autre bout du monde.
Pourquoi c’est génial (parce que ça l’est vraiment)
Soyons justes : si le cloud a pris autant de place, c’est parce qu’il rend de vrais services. Et de gros services.
- Vous accédez à tout, depuis partout. Vos photos, vos documents, vos mails vous suivent sur votre téléphone, votre ordinateur, la tablette du salon. Plus besoin de trimballer une clé USB.
- Le partage devient un jeu d’enfant. Envoyer un album de 300 photos à toute la famille ? Un lien, et c’est réglé.
- Vous ne perdez rien si votre appareil meurt. Votre téléphone tombe dans les toilettes (ça arrive plus souvent qu’on ne le croit) ? Vos photos sont en sécurité, vous les récupérez sur le suivant.
Ce dernier point est précieux. Souvenez-vous de la règle du 3-2-1 pour vos sauvegardes : il faut toujours garder une copie hors site, c’est-à-dire physiquement ailleurs que chez vous. Le cloud remplit ce rôle à merveille, et automatiquement. Un incendie ou un cambriolage chez vous n’effacera pas ce qui dort dans un centre de données à 2 000 kilomètres.
“Hors site” est le grand atout du cloud pour la sauvegarde. Mais attention, comme on va le voir, une copie cloud n’est pas toujours une vraie sauvegarde. Tout dépend de la façon dont elle est faite.
La contrepartie : à qui faites-vous confiance ?
Tout ça ne tombe pas du ciel (c’est le cas de le dire). En échange de cette tranquillité, vous acceptez quelques compromis qu’il vaut mieux connaître.
Vous confiez vos données à une entreprise
C’est le point central. Une fois vos fichiers sur l’ordinateur de quelqu’un d’autre, c’est cette entreprise qui en a la garde physique. En théorie, vos données sont les vôtres et protégées. En pratique, l’entreprise dispose des moyens techniques d’y accéder (sauf cas particulier que je détaille plus bas).
Ça ne veut pas dire qu’un employé de Google regarde vos photos de vacances en buvant son café. Mais ça veut dire que vos fichiers ne sont pas secrets pour le service qui les héberge : ils peuvent être analysés (pour vous proposer de la pub, par exemple, un sujet déjà croisé dans l’article sur les réseaux sociaux et la vie privée), réclamés par la justice, ou exposés en cas de fuite.
La dépendance et les abonnements
Au début, c’est gratuit. Puis vos 15 Go offerts se remplissent (les photos, ça pèse lourd), et un beau jour le message tombe : “Votre espace de stockage est presque plein.” Pour continuer, il faut payer un abonnement, quelques euros par mois.
Et tant que vous payez, tout va bien. Mais vos années de souvenirs sont désormais liées à un abonnement. Arrêtez de payer, et l’accès peut se compliquer. C’est une dépendance discrète, qui s’installe sans qu’on y pense.
Où sont stockées vos données ?
Souvenez-vous : l’ordinateur de quelqu’un d’autre est quelque part. Et ce “quelque part” a son importance. Vos données sont soumises aux lois du pays où se trouve le centre de données. Une photo stockée aux États-Unis n’obéit pas aux mêmes règles qu’une photo stockée en France.
C’est toute la question de la souveraineté des données : qui peut légalement consulter vos fichiers, selon quelles lois, et avec quelles garanties. En Europe, le RGPD offre une protection solide, mais elle s’applique surtout aux données hébergées sur le sol européen. D’où l’intérêt de savoir où votre prestataire range réellement vos affaires.2
Et si le service ferme ? Ou si on pirate mon compte ?
Deux scénarios à garder en tête :
- Le service ferme. Les entreprises ferment des services régulièrement. Si demain votre prestataire cloud met la clé sous la porte, que deviennent vos fichiers ? En général, vous avez un délai pour les récupérer, mais encore faut-il être prévenu et réactif.
- Votre compte est piraté. C’est le risque le plus concret. Si quelqu’un devine votre mot de passe, il n’accède pas à un appareil posé chez vous : il accède à tout, depuis n’importe où dans le monde. Vos photos, vos mails, vos documents. C’est précisément pour ça que la sécurité du compte cloud est si importante.
Mes conseils pour utiliser le cloud sereinement
Bonne nouvelle : on peut profiter du cloud sans naïveté. Voici l’essentiel.
Verrouillez la porte d’entrée
Votre compte cloud est la clé de toute votre vie numérique. Traitez-le en conséquence :
- Un mot de passe fort et unique (différent de tous vos autres comptes).
- La double authentification (ou authentification à plusieurs facteurs) activée systématiquement. C’est ce code reçu par SMS ou via une application en plus du mot de passe. Même si un pirate vole votre mot de passe, il reste bloqué à la porte. J’en parle en détail dans l’article sur l’authentification à plusieurs facteurs, et franchement, c’est le geste qui change tout.
Chiffrez ce qui est vraiment sensible
Pour vos documents les plus confidentiels (scans de pièce d’identité, papiers bancaires, documents pro sensibles), ne vous contentez pas de les déposer tels quels. Chiffrez-les avant de les envoyer.
Le chiffrement, c’est l’idée de transformer un fichier lisible en charabia incompréhensible sans la bonne clé. Ainsi, même si quelqu’un accède au fichier sur le serveur, il ne voit que du chiffré. (Je consacrerai bientôt un article entier au chiffrement expliqué simplement, car le sujet mérite mieux qu’un paragraphe.)
Ne confondez pas synchronisation et sauvegarde
C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus douloureuse le jour où elle se retourne contre vous.
La synchronisation maintient vos fichiers identiques partout. Vous modifiez un document sur l’ordinateur, il se met à jour dans le cloud et sur le téléphone. Pratique. Mais voilà le piège : si vous supprimez un fichier par erreur (ou si un virus le détruit), la synchronisation s’empresse de répercuter la suppression partout. Y compris dans le cloud. Adieu le fichier.
Une sauvegarde, elle, conserve des copies anciennes, datées, qu’on peut restaurer même après une suppression. Le cloud peut servir de sauvegarde, mais seulement s’il est configuré pour ça (ou couplé à un vrai outil de sauvegarde). Synchroniser, ce n’est pas sauvegarder. Retenez bien cette phrase, elle vous évitera des sueurs froides.
Pour résumer
Le cloud n’a rien d’un nuage magique. C’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre : de vrais serveurs, dans de vrais bâtiments, quelque part dans le monde, où dorment vos photos, vos mails et vos documents.
C’est extraordinairement pratique (accès partout, partage facile, copie hors site), à condition d’en accepter la contrepartie : vous confiez vos données à une entreprise, vous en devenez un peu dépendant, et la sécurité de votre compte devient cruciale.
Alors, le minimum vital :
- Un mot de passe fort et la double authentification sur vos comptes cloud.
- On chiffre ce qui est vraiment sensible avant de l’envoyer.
- On n’oublie jamais que synchroniser n’est pas sauvegarder.
La prochaine fois que quelqu’un vous dira “ne t’inquiète pas, c’est dans le cloud”, vous pourrez sourire intérieurement : vous, vous savez désormais que c’est juste l’ordinateur de quelqu’un d’autre. Et vous savez quoi faire pour que cet ordinateur reste un allié, pas un risque. 😉
